L’épisiotomie est un de ces actes médicaux dont tout le monde parle en salle d’accouchement, mais que peu de femmes comprennent vraiment avant le jour J. Un geste pour faciliter le passage du bébé et/ou protéger le périnée. C'est une incision pratiquée dans le périnée pour élargir l’orifice vaginal : voilà la définition rapide. Mais derrière cette procédure, il y a des chiffres, une politique de santé, des recommandations nationales, et surtout votre vécu de patiente.
En France, le taux d’épisiotomie a diminué grâce aux travaux de recherche, à l'analyse de la pratique clinique, aux recommandations du CNGOF et à la remise en question de la pratique systématique. Aujourd’hui, cet acte est réservé à certaines circonstances bien précises : détresse fœtale, besoin de réduire le risque de déchirure sévère, utilisation d’instruments, particularités du périnée, …
Voici des informations pour vous aider à comprendre ce qui se passe au niveau des muscles, mieux appréhender la cicatrice, favoriser la récupération post-grossesse et la rééducation. Ainsi, le moment venu, si une épisiotomie est nécessaire, vous pourrez discuter avec le médecin ou la sage-femme en toute confiance.
Qu’est-ce qu’une épisiotomie ?
L’épisiotomie est une incision chirurgicale réalisée au moment de l’accouchement. Il s’agit d’une petite incision pratiquée au niveau du périnée (la zone située entre la vulve et l’anus) pour élargir l’orifice vaginal et faciliter la sortie du bébé.
Concrètement, l’accouchement avec épisiotomie consiste à inciser la peau, les muscles superficiels du périnée et la muqueuse vaginale, puis à réaliser une suture de l'épisiotomie, après la naissance.
💡 L’objectif est de limiter le risque de déchirures graves lors de la naissance, notamment les déchirures qui touchent l’anus et le sphincter.
Où se situe l’incision ?
L’incision est réalisée sur le côté de la vulve, au niveau du périnée. En France, l’épisiotomie médiolatérale est la plus fréquente : l’incision part de la commissure postérieure de la vulve vers un côté, en diagonale. L’épisiotomie médiane (incision dans l’axe, vers l’anus) est beaucoup moins utilisée.
Épisiotomie et déchirures : quelle différence ?
La grande différence entre épisiotomie et déchirure à l'accouchement est l'intervention d'un professionnel de santé. L’épisiotomie est un geste contrôlé et volontaire. La longueur et la direction sont maîtrisées. Elle sera suturée de façon précise, dans le but de favoriser une meilleure cicatrisation qu’une déchirure profonde et irrégulière.
La déchirure est spontanée : parfois superficielle, parfois plus profonde. Les déchirures sont classées en plusieurs degrés, selon les tissus atteints (vulve, vagin, périnée, sphincter anal, rectum). Certaines déchirures sont minimes et cicatrisent très bien, d’autres nécessitent une suture complexe.
Dans tous les cas, l’accouchement avec épisiotomie reste aujourd’hui un geste encadré et non systématique. Les équipes cherchent à préserver le périnée et à limiter le recours à ce geste, tout en protégeant la santé de la mère et du bébé.
Pourquoi pratique-t-on une épisiotomie ?
Cette incision chirurgicale est réservée à certaines situations où la sage-femme ou le gynécologue obstétricien estime que le périnée risque de subir une lésion plus grave ou que le bébé doit naître rapidement.
Les principales indications de l'épisiotomie sont :
- Souffrance fœtale : le bébé doit naître vite pour être protégé.
- Accouchement instrumental (extraction instrumentale par forceps, ventouse) : le geste peut aider à faciliter le passage.
- Risque de déchirure sévère : périnée très tendu, antécédent de déchirure grave.
- Périnée court ou peu élastique : distance très faible entre la vulve et l’anus.
Dans ces situations, l’objectif est de diminuer le risque de déchirure de haut degré, qui toucherait l’anus et le sphincter. Cependant, les études ont montré que l’épisiotomie systématique ne prévient pas toujours les lésions périnéales graves et qu’elle peut avoir des conséquences à moyen et long terme (douleurs, troubles de la statique pelvienne, incontinence).
D'après les études, il y a également plus d'épisiotomies lorsqu'une femme doit accoucher par le siège.
Par contre, le ballonnet pour accoucher fait partie des méthodes utilisées pour déclencher le travail, mais son utilisation n’implique pas forcément une épisiotomie. Comme pour tout accouchement, la décision de pratiquer ou non une incision du périnée dépend avant tout du déroulement de la naissance, de la progression du bébé et de l’évaluation du risque de déchirure par l’équipe médicale.
En France, les recommandations du CNGOF et de la Haute Autorité de Santé ont conduit à une diminution progressive du recours à l’épisiotomie. Le taux global, qui dépassait 40% au début des années 2000, est descendu autour de 20% puis a continué à baisser ces dernières années, avec un objectif affiché de rester en dessous de 30% des accouchements par voie basse.
💡 La sage-femme ou l'obstétricien qui pratique l'accouchement sollicitera votre accord, dans la mesure du possible (sauf en cas d'urgence).
Comment se déroule l’épisiotomie le jour J ?
La pratique de l’épisiotomie se déroule au moment de la phase d’expulsion, lorsque la tête du bébé appuie fortement sur le périnée. L’incision est réalisée juste avant la naissance, au moment où la couronne de la tête reste visible pendant la contraction.
Le moment de l’incision
L’équipe choisit généralement le moment de l’incision pendant une contraction, lorsque les tissus sont déjà très tendus. Cela permet souvent de réduire la sensation douloureuse, surtout si une péridurale est en place. L’incision suit un trajet précis, selon le type d’épisiotomie.
L’anesthésie
Lorsque l’accouchement se fait sous péridurale, la zone est déjà anesthésiée. Si ce n’est pas le cas ou si la péridurale ne couvre pas suffisamment la région périnéale, le professionnel réalise, en général, une anesthésie locale avant de pratiquer la suture.
La suture de l’épisiotomie
Après la naissance et l’expulsion du placenta, la suture est réalisée. Les fils sont le plus souvent résorbables, ce qui évite d’avoir à les retirer. La réparation se fait en plusieurs plans : muqueuse vaginale, muscles du périnée, puis peau.
La durée de la suture varie selon la longueur de l’incision et l’anatomie de la patiente, mais il faut généralement compter entre 15 et 30 minutes. Une bonne réparation est essentielle pour limiter le risque de complications (infection de la cicatrice d'épisiotomie, douleurs prolongées, ...).
L’équipe est attentive au périnée et veille à restaurer au mieux la continuité des tissus. Les soins post-nataux vous seront expliqués lors de votre séjour à la maternité.
L’épisiotomie est-elle douloureuse ?
C'est une question que se posent de nombreuses futures mamans.
Pendant l’accouchement
Pendant l’expulsion, beaucoup de femmes ressentent surtout une pression intense, une sensation de brûlure ou d’étirement au niveau du périnée. Lorsque la péridurale est efficace, la sensation de coup de ciseau est souvent absente ou très atténuée. La douleur globale du travail peut rendre difficile l’identification précise du moment où l’incision est réalisée. Le choix du moment d'incision est précis et limite la sensation douloureuse.
Après l’accouchement
Après la naissance, la douleur de l'épisiotomie est variable. Vous pouvez ressentir :
- des tiraillements au niveau de la cicatrice ;
- une sensation de brûlure en position assise ;
- un inconfort pendant la marche ou lorsque vous toussez.
La douleur diminue en général au bout de quelques jours mais peut persister sous forme de gêne pendant plusieurs semaines, le temps que la cicatrisation de l'épisiotomie soit complète. La présence des lochies après accouchement (saignements normaux du post-partum) peut parfois accentuer l’inconfort, surtout si la protection frotte sur la cicatrice.
En cas de douleur intense, de difficulté à vous asseoir ou de gêne qui ne s’améliore pas, il est important d’en parler à la sage-femme ou au médecin. Des douleurs mal prises en charge peuvent parfois contribuer à un mal-être plus global, voire favoriser une dépression après l'accouchement si la souffrance physique s’ajoute à la fatigue et aux bouleversements émotionnels.
La prise en charge de la douleur est devenue une priorité. L'équipe médicale vous prescrira le traitement nécessaire en fonction de votre choix d'allaitement. Si vous allaitez, ne faites pas d'automédication.
Comment bien cicatriser après une épisiotomie ?
Une bonne cicatrisation de l'épisiotomie repose sur des soins simples, une hygiène adaptée et une surveillance des signes d’alerte. L’objectif est de prévenir l’infection, de limiter la douleur et d’éviter les complications.
Soins et hygiène
Les premiers jours, la région périnéale est fragile. Voici quelques recommandations simples :
- laver la zone une à deux fois par jour à l’eau tiède, avec un savon doux si nécessaire ;
- sécher en tamponnant délicatement, sans frotter ;
- changer régulièrement de protection hygiénique ;
- éviter les bains tant que la cicatrisation n’est pas solide : préférez les douches ;
- porter des sous-vêtements en coton, non serrés.
Surveillez les signes d'infection :
- une odeur inhabituelle,
- des pertes très colorées ou douloureuses,
- une sensation de chaleur locale ou une fièvre.
Dans ce cas, un avis médical rapide est nécessaire.
Soulager la douleur naturellement
En complément des antalgiques prescrits, des techniques alternatives peuvent aider à soulager la douleur de l'épisiotomie :
- appliquer du froid (poches de glace enveloppées dans un tissu) par périodes courtes ;
- utiliser un coussin en forme de donut pour s’asseoir ;
- alterner les positions (debout, allongée, sur le côté) pour limiter la pression sur le périnée ;
- éviter de rester assise trop longtemps.
Ces mesures simples peuvent améliorer le confort au quotidien pendant le post partum, en attendant que la cicatrice se consolide.
Reprendre une vie normale
La reprise des activités se fait progressivement. La marche douce est souvent possible rapidement, à adapter selon les sensations. Les activités sportives plus intenses doivent être différées jusqu’à ce que la cicatrisation soit satisfaisante et que le périnée ait été évalué par un professionnel. Elles devront également attendre que la rééducation du périnée soit terminée.
La reprise des rapports sexuels dépend de votre confort. La présence d’une cicatrice d'épisiotomie sensible peut rendre les premiers rapports délicats. Lubrification, positions adaptées et communication avec le partenaire sont essentielles.
En cas de douleur durable, il ne faut pas hésiter à en parler : des solutions existent, comme une rééducation ciblée ou un traitement local, même plusieurs mois après l'accouchement.
Quel est le temps de cicatrisation après une épisiotomie ?
La cicatrisation de l'épisiotomie se fait en plusieurs étapes.
Les fils se résorbent en général en 2 à 4 semaines. La peau paraît refermée au bout d’une quinzaine de jours, mais les tissus en profondeur continuent de se reconstruire pendant plusieurs semaines.
Il est donc fréquent de ressentir encore une gêne légère au bout d’un mois, notamment en position assise. En revanche, des douleurs violentes, une cicatrice très dure, une rougeur importante ou un écoulement purulent doivent faire suspecter une infection.
💡 Si un point de suture lâche trop tôt, il peut y avoir une ouverture partielle de la plaie et un risque d'infection. Il est conseillé de consulter rapidement pour adapter le traitement (antibiotiques, soins locaux, parfois reprise de la suture).
Est-il possible d'utiliser les sondes périnéales Perifit après une épisiotomie ?
Renforcer le périnée après un accouchement avec épisiotomie est fondamental. La rééducation du périnée permet de limiter les risques de fuites urinaires, de lourdeurs pelviennes ou de douleurs lors des rapports.
Les sondes périnéales, comme les sondes Perifit Care ou Perifit Care+, peuvent être utilisées après une épisiotomie, mais pas immédiatement. Il est important d’attendre l’avis du professionnel de santé (sage-femme, médecin, kiné) qui vous suit. Une fois la cicatrice bien consolidée, l'utilisation de la sonde peut :
- améliorer le tonus musculaire ;
- assouplir les tissus autour de la cicatrice ;
- favoriser un meilleur schéma corporel du périnée.
Peut-on éviter une épisiotomie ?
Il n’est jamais possible de garantir à 100 % qu’une épisiotomie sera évitée, mais certaines mesures peuvent diminuer le risque :
- Préparation du périnée pendant la grossesse : massages périnéaux, étirements doux.
- Information sur les positions pour accoucher : positions plus physiologiques (sur le côté, à quatre pattes, accroupie) peuvent mieux répartir les contraintes sur le périnée.
- Accompagnement personnalisé : échange avec la sage-femme sur vos peurs, préparation à l'accouchement pour être plus détendue à la naissance, ...
Les recommandations récentes insistent sur la prévention des lésions sévères plutôt que sur l’épisiotomie systématique.
💡 Même dans certaines situations autrefois considérées comme indications quasi automatiques, l’épisiotomie n’est plus systématique. Chaque cas est évalué individuellement.
Quels sont les risques et complications possibles d'une épisiotomie ?
Comme tout geste chirurgical, l’épisiotomie comporte des risques. Les complications possibles incluent :
- Infection de la plaie périnéale.
- Mauvaise cicatrisation : ouverture partielle ou totale de la plaie.
- Douleurs persistantes, gêne à l’assise ou lors des rapports.
- Cicatrice épaisse ou sensible.
- Troubles périnéaux : fuites urinaires, inconfort anal, troubles sexuels.
Une épisiotomie mal réparée peut augmenter ces risques, mais même une épisiotomie techniquement bien réalisée peut laisser des séquelles chez certaines femmes. C’est pourquoi la surveillance du périnée en suites de couches, la rééducation et un accompagnement bienveillant sont essentiels.
💡 Si vous remarquez une asymétrie importante, une douleur très localisée, un écoulement suspect, ou si vous avez l’impression que quelque chose ne va pas au niveau du périnée, il est important de demander un avis, même plusieurs mois après.
Il n’est jamais trop tard pour parler de ces difficultés et envisager un traitement adapté.
Peut-on accoucher à nouveau sans épisiotomie ?
Avoir vécu un accouchement avec épisiotomie n’impose pas d’en avoir une lors des naissances suivantes. Au contraire, les études montrent que les multipares ont souvent un risque plus faible d’épisiotomie que les primipares, car les tissus ont déjà été distendus.
Lors d’une grossesse suivante, il est utile d’aborder votre expérience précédente avec la sage-femme ou le gynécologue. Vous pouvez parler de la douleur, des éventuelles conséquences, de la rééducation réalisée, de vos appréhensions.
Dans certains cas de déchirure complexe ou de lésion sévère des sphincters, l’équipe peut discuter l’intérêt d’un accouchement par voie basse ou d’une césarienne. Chaque histoire est unique, et l’objectif est toujours de concilier votre sécurité, celle de votre bébé, et le respect de votre vécu.
L’épisiotomie est donc une incision réalisée uniquement dans certaines circonstances, lorsque le bénéfice attendu semble supérieur aux risques. Le plus important reste le dialogue avec l’équipe : poser vos questions, exprimer vos peurs et comprendre les raisons d’un geste éventuel permet de vivre l’accouchement plus sereinement.
Après la naissance, des soins simples, une surveillance des signes d’alerte et une rééducation périnéale adaptée aident à récupérer progressivement.
Accouchement et douleur vont souvent de pair, mais une bonne information sur les gestes possibles, comme l’épisiotomie, et une prise en charge adaptée permettent de mieux anticiper, comprendre ce qui se passe dans le corps et se sentir davantage actrice de sa naissance. En cas de douleur importante, d’écoulement, de fièvre ou d’inquiétude, n’hésitez pas à consulter rapidement : il existe des solutions, et vous n’êtes pas seule.
Références:
- https://cngof.fr/app/uploads/2025/11/Prevention20perineale202018_RPC_PPPO.pdf?x26468
- CNGOF. Prévention et protection périnéale en obstétrique – Recommandations pour la pratique clinique. 2018. Disponible sur : https://cngof.fr/app/uploads/2025/11/Prevention20perineale202018_RPC_PPPO.pdf (consulté le 12/02/2025).
- https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/multimedia/video/%C3%A9pisiotomie
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12414007/




